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Collégiale Saint-Just – Mémoire et Patrimoine

Figures de la collégiale I Saint Just, évêque, ermite

SAINT JUST, EVEQUE, ERMITE

Textes pour la plupart extraits du Bulletin de la Fraternité Saint-Pierre à Lyon, Communicantes n° 81 – Septembre 2014 – Avec l’aimable autorisation du Supérieur

En 313, par l’édit de Milan, le christianisme fut reconnu par l’empereur Constantin comme une des religions de l’Empire romain et, en 380, par l’édit de Thessalonique, l’empereur Théodose en fit la religion officielle de l’Empire. L’Église pouvait donc s’organiser au grand jour et les empereurs, pour en fixer la doctrine, convoquèrent des conciles, c’est-à-dire des assemblées d’évêques.

Une très intéressante étude hagiographique sur saint Just peut être consultée ici. Elle est également téléchargeable ici au format PDF, avec l’aimable accord de l’auteur.

Saint Just embarquant à Marseille
Huile sur toile – École lyonnaise, vers 1830 – Crédit photo:  Tomaselli Collection

“J’ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu, plutôt que d’habiter parmi les infidèles.” – Psaume 83-11

On sait peu de chose de sa vie. Just (Justus), qui a vécu dans la seconde moitié du IVe siècle et fut le treizième évêque de Lyon, serait, suivant une antique tradition, né à Tournon (aujourd’hui en Ardèche) et aurait appartenu à la Maison de ce même nom. La famille de Tournon, dont les aînés ajoutaient le prénom de Just à celui de leur baptême, contribua largement à la fondation de l’église Saint-Just et aida à la rebâtir après sa destruction par les protestants en 1562. Le seigneur de Tournon en posa la première pierre; les aînés de cette famille avaient autrefois le titre et le rang de chanoine-baron de Saint-Just.

Saint Just dans l’Église de son temps

Il aurait suivi l’enseignement de saint Paschase, archevêque de Vienne. Il fut aussi le contemporain de saint Ambroise de Milan, dont il était l’ami, de saint Jérôme et, en Gaule, de saint Martin de Tours. D’abord diacre de Vienne, dans l’actuel département de l’Isère, il devint le treizième évêque de Lyon vers 370. Sa vie nous est connue par un récit du milieu du Ve siècle : la Vita Sancti Justi.

Saint Just (saint Ju selon la prononciation locale) prit part à deux conciles :

–           le concile régional de Valence, sur le Rhône, en 374, qui traita de problèmes de discipline religieuse ;

–        le concile œcuménique d’Aquilée près de Venise, en 381. Un concile général avait été demandé par les évêques ariens Pallade et Sécondien, soutenus par l’impératrice Justine, pour revoir la position de l’Église sur l’arianisme.  Saint Ambroise refusa la tenue d’un concile général, consentant uniquement à un concile provincial, mais l’empereur Gratien permit la venue d’autres évêques. Ce concile en réunit trente-deux de la partie occidentale de l’Empire romain, saint Just étant l’un des cinq évêques représentant les Gaules. Il y exprima clairement son rejet de l’arianisme et condamna Pallade et Sécondien.

En parallèle se tint le grand concile de Constantinople, qui rassemblait des évêques de la partie orientale de l’Empire. À cette époque, saint Just entretient une correspondance avec saint Ambroise de Milan, dont il ne subsiste que deux lettres d’explications des Saintes Écritures.

L’arianisme

Pour Arius, prêtre d’Alexandrie en Égypte (vers 280-336), il n’y a qu’un seul Dieu, le créateur. Le Christ est un homme exceptionnel, sans péché, ayant reçu de Dieu le privilège d’une filiation adoptive ; il n’était donc pas éternel, à la différence de Dieu qui l’avait créé.

Le concile de Nicée en 325, puis celui de Constantinople en 381, condamnèrent cette doctrine qui s’était déjà bien répandue et définirent l’article de foi inscrit dans le Symbole de Nicée-Constantinople :

« Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il est Dieu, né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie : il procède du Père (et du Fils, [ajouté au IXe siècle]) ».

Les deux conciles d’Aquilée et de Constantinople condamnèrent l’arianisme et définirent la double nature du Christ : vrai Dieu et vrai homme.

Saint Just, un évêque apprécié de tous, qui termine sa vie en ermite

La Vita Sancti Justi nous dit qu’« il dirigea l’Église de Lyon avec beaucoup de pureté, de modestie, de piété et de patience, avec un grand souci des pauvres ». Elle nous relate aussi les faits suivants :

« Justus devint un saint populaire, saint Just, à la suite d’une triste histoire. Un homme pris de folie avait attaqué des passants et tué l’un d’eux. Il se réfugie dans l’église de Justus. La foule veut le saisir. L’évêque accepte de le faire sortir après avoir été assuré qu’il ne courrait aucun danger. Mais le meurtrier est aussitôt accablé de coups, attaché par les pieds et traîné jusqu’à la mort. Se sentant responsable de n’avoir pas fait respecter les droits de cet homme, Justus se juge indigne de conserver la charge épiscopale. En compagnie d’un lecteur de son Église, Viateur, il quitte la ville et s’embarque pour l’Égypte où il mène dans l’anonymat, jusqu’à sa mort, la vie des ascètes du lieu.» (P. Jean Comby, L’Évangile au Confluent).

C’est là qu’il mourut, dans le désert de Scété, bientôt suivi de son clerc.

Parmi les visiteurs et les pèlerins qui se rendaient en Égypte, arriva un jour un Lyonnais qui reconnut son évêque. Il en parla à son retour à Lyon, ce qui décida le prêtre lyonnais Antiochus à entreprendre le voyage et à tenter de ramener le fugitif, sans succès. Antiochus ne put convaincre le saint ermite ni de revenir ni de l’accepter auprès de lui. Il revint donc en Gaule.

La nouvelle de la mort de saint Just et de celle de saint Viateur, survenues à peu de temps d’intervalle au cours d’un mois d’octobre à la fin du IVe siècle, étant parvenue jusqu’à Lyon, Antiochus, devenu évêque, fit ramener les restes des deux saints à Lyon, qui furent solennellement reçus un 4 août vers l’an 400. Ils furent tout d’abord ensevelis dans un mausolée de la grande nécropole de Saint-Irénée – Saint-Just, à l’emplacement de l’actuel jardin archéologique, rue des Macchabées. Une basilique s’éleva bientôt à côté de ce mausolée (Ve s.). Cette église était à l’origine dédiée aux frères Macchabées, martyrs juifs du IIe siècle avant J.C., dont le culte était très répandu dans l’Église ancienne. Les corps de Just et de Viateur y furent transférés un 2 septembre entre le Ve et le VIe siècle, et la basilique pris alors le nom de Saint-Just : elle le portait déjà au VIIIe siècle. Le 2 septembre devint la fête du saint. Elle l’est encore aujourd’hui.

Plusieurs sanctuaires se succédèrent sur les lieux : la basilique du Ve siècle fut reconstruite au VIe siècle, restaurée au IXe sous l’évêque Rémi (qui y fut enterré), et entièrement reconstruite aux XIIe-XIIIe siècles pour en faire la plus grande église de Lyon après la cathédrale. Depuis le IXe siècle elle était desservie par un chapitre (ou collège) d’une vingtaine de chanoines.

Autour de leur église les chanoines-barons de Saint-Just élevèrent un cloître fortifié qui abrita pontifes et têtes couronnées : le pape Innocent IV y séjourna sept ans, de 1244 à 1251 (il présida le premier concile de Lyon en 1245), le pape Clément V y fut couronné en 1305 ; les rois de France Saint Louis (Louis IX), Philippe le Bel, Charles VIII y résidèrent aussi, de même que la régente Louise de Savoie, mère de François 1er.

La nuit du 30 avril au 1er mai 1562, les reformés se rendirent maîtres de la ville de Lyon : le surlendemain les troupes du baron des Adrets entrèrent dans Saint-Just et commencèrent la destruction du cloître et de tout ce qu’il contenait. L’église fut sapée en septembre de la même année. Il convient de dire qu’indépendamment des raisons purement religieuses de cette destruction, la ville de Lyon elle-même avait envisagée cette démolition pour construire en ce lieu une citadelle destinée à renforcer sa protection. Mais cela ne s’était pas fait, et cela ne se fit pas non plus à ce moment-là.

Détruit en 1562, la reconstruction alla assez vite pour qu’à Noël 1565 les chanoines pussent célébrer les offices et exposer les reliques qui avaient échappé aux destructions : le chef (crâne) de saint Just et la main de saint Alexandre.

Cependant, le manque d’argent se faisant cruellement sentir, le rythme ralentit beaucoup : consacré en 1591 par Mgr d’Épinac, le nouveau sanctuaire resta sans chevet ni façade pendant soixante-dix ans. On put élever, en 1661, un chœur dont le prolongement ajoutait plus d’un tiers à la longueur totale ; l’église agrandie fut à nouveau consacrée par Mgr de Neuville en 1663. Ce chœur fut fermé par la construction en 1666 d’un jubé aujourd’hui disparu. Il faudra attendre le début du XVIIIe siècle pour que soient construits par les architectes Delamonce père et fils la façade actuelle et les pilastres corinthiens de la nef et leur entablement.

Dès le début de la Révolution, La collégiale Saint-Just fut en vedette par son curé, l’abbé Bottin, qui fut le premier curé lyonnais à prêter serment à la Constitution civile du clergé le 14 novembre 1790. La même année le chapitre fut dissout et tous ses biens confisqués; plusieurs de ses membres seront guillotinés.

Bien que l’exercice du culte ait repris dans l’église dès le 15 novembre 1795, elle ne fut rouverte officiellement qu’en 1803 dans le cadre concordataire : de première collégiale et paroissiale qu’elle était, elle ne fut alors plus que paroissiale. Son curé, Irénée Boué (1827-1844), déploiera des trésors d’énergie pour embellir son église et réparer les dommages causés par la Révolution ; ainsi fera-t-il appel en 1831 à l’architecte J. Gay pour élever l’arc triomphal du chœur et établir au revers de la façade d’entrée les deux retables qui servent d’écrin au baptistère et au bénitier.

La révolution de 1848 mit elle aussi en vedette le curé de Saint-Just d’alors, l’abbé J.-M. Gonin, qui proclama en bénissant un arbre de la Liberté : « Le Fils du charpentier est mort sur l’arbre de la liberté . La République a toute la sympathie des prêtres » …

Saint Just toujours présent

Depuis 1970, les paroisses de Saint-Just et de Saint-Irénée sont réunies et des raisons purement pratiques ont fait progressivement choisir l’église Saint-Irénée comme lieu habituel du culte. Longtemps délaissée, l’église est, depuis 2014, mise par l’archevêché de Lyon à la disposition de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre et la liturgie y est célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain en vertu du Motu proprio Summorum Pontificum.

Saint Just a donné son nom à un certain nombre de communes, nous en comptons quatorze dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. La ville de Marseille a aussi une église et un quartier qui portent son nom. Il existe aussi une église Saint-Just à Arbois dans le Jura.